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La contemplation déconstructive
Une discipline psycho-spirituelle
contemporaine
La contemplation déconstructrice est une
approche psycho-spirituelle novatrice du démantèlement
des fixations qui causent douleur et souffrance. Elle s'inspire
de la sagesse parfaite (Prajnaparamita), de la voie du milieu (Madhyamaka),
du complet accomplissement (dzogchen) et du zen, traditions du bouddhisme.
La principale hypothèse de la contemplation
déconstructrice est que la réalité se crée
au travers de nos croyances. Cette hypothèse nous permet
de révéler la nature construite de notre expérience.
En fin de compte, l’hypothèse que la réalité
est créée à travers nos croyances est elle-même
déconstruite, abandonnant la "réalité
telle qu'elle est". Ainsi, en analyse finale, la contemplation
déconstructrice n'accomplit rien - c'est un non-événement.
Ainsi que le dit la tradition du Bouddhisme de la Sagesse Parfaite
(Prajnaparamita), c'est un enseignement radical qui est ouvertement
présenté comme un non-enseignement. Cependant, aussi
longtemps que nous nous figurons qu'il y a quelque chose que nous
avons besoin de faire, la contemplation déconstructrice fait
exactement l'affaire en tant qu'outil sophistiqué pour recouvrer
"ce que nous ne pouvons ni gagner ni perdre".
L'utilisation du terme "contemplation"
indique que cette pratique se passe d'une façon plus fluide
et naturelle à l’intérieur d'un espace psychologique
dégagé de réactions émotionnelles pressantes
ou intenses. Elle s'adresse à des gens psychologiquement
mûrs qui ne sont pas bloqués dans des opinions pesantes.
La contemplation dans ce contexte ne se réfère pas
à une pratique, telle que la méditation formelle,
qui est coupée du reste de nos activités. Ainsi, ce
travail ne peut être comparé à des méthodologies
telles que la méditation basée sur l'introspection
- Theravada (Vipassana), ou le zazen.
Fixations
Une fixation se produit chaque fois que nous prenons
une position rigide et inflexible sur n'importe quel aspect de notre
expérience. Lorsque nous sommes fixés, nous investissons
de l’énergie mentale, émotionnelle et physique
dans la défense ou le rejet d'une interprétation particulière
de qui nous sommes. Les fixations révélées
dans ce travail remontent à une intime conviction que quelque
chose manque dans nos vies. Ce qui manque se situe n'importe où,
entre une agréable tasse de thé et l'illumination.
Nous sentons que "ce n'est pas ça" lorsque CA représente
notre version particulière de notre idée sur les choses.
Nous sommes certains que quelque chose se passe qui ne devrait pas
se passer, ou que quelque chose qui devrait se passer ne se passe
pas. Chacune de ces vues est une fixation qui nous jette dans une
confusion émotionnelle dans notre combat pour gagner quoi
que CE soit. Nous craignons de ne pas l'obtenir, et l'ayant obtenu,
nous craignons de le perdre. En tout état de cause, CELA
sera probablement dérivé de notre concept d'un état
d'illumination, c’est-à-dire un état de possibilités
sans limites et de bonheur sans fin.
L’évaluation de base que "quelque chose manque"
est périodiquement déplacée par le sentiment
que "c'est cela". Pendant un moment, nous entérinons
le fait que les choses vont bien. Nous nous figurons que nous sommes
en train de l'obtenir, ou l'avons obtenu - c'est ainsi que les choses
devraient être. Nous pourrions même nous convaincre
que nous sommes arrivés au but longtemps recherché
de nos efforts spirituels. Cependant la croyance de l'avoir obtenu
crée la possibilité de le perdre, en ce que nous reconstruisons
l’idée que nous n'en avons pas suffisamment, que nous
pourrions en utiliser davantage. Nous nous interrogeons aussi pour
savoir si CELA est réellement, et si nous en voulons encore.
Les intimes évaluations du genre "ça y est"
ou "ça n'y est pas" engendrent d'innombrables fixations
secondaires. En termes de développement spirituel et personnel,
nous dépensons une énorme quantité de temps
et d’énergie à construire des interprétations
pour savoir si nous progressons ou piétinons. A mesure que
ces constructions se déplacent et se modifient, nous gaspillons
encore plus de temps à déterminer le niveau de notre
engluement ou de notre mobilité. Nous oscillons entre l'effort
et l'abandon. Nous déterminons si nous avons ou n'avons pas
besoin d'aide, ou si nous sommes dans l’incapacité
de décider si nous allons demander de l'aide ou nous débrouiller
tout seuls. Quelquefois nous sommes clairs et engagés, et
en d'autres occasions nous sommes confus et vagues, luttant pour
savoir si nos expériences sont significatives ou pas, réelles
ou irréelles.
Déconstruction
La contemplation déconstructrice est une
procédure consistant à dissoudre doucement et élégamment
nos fixations par la révélation que nos interprétations
quotidiennes et professionnellement informées de la réalité
sont des mécanismes d’auto-référence
pour valider trompeusement le "ça y est" et le
"ça n'y est pas". En dévoilant les croyances
qui valident intérieurement nos fixations, ces fixations
perdent leur capacité de contrôler nos vies. En révélant
leur structure centrale en temps réel, nous découvrons
que nos fixations ne se réfèrent pas à une
réalité objective ou subjective. Enfin nous découvrons
que nos fixations ne sont pas des fixations. Nous constatons qu'une
fixation est simplement un concept que nous avons superposé
sur le flux de notre expérience. De cette façon, la
contemplation déconstructrice dévoile la texture ouverte
et fluide de la réalité.
En tant que procédure de dévoilement de systèmes
de croyances fixées, la contemplation déconstructrice
se base quelque peu sur la tradition bouddhique de la Voie Moyenne
(Madhyamaka). Dans son cadre traditionnel hindou et tibétain,
la déconstruction de la Voie Moyenne détruit systématiquement
les croyances fixées au travers de recherches logiques rigoureuses
qui sont employées de façon assez mécanique
pendant des sessions formelles de méditation.
Notre méthode contemporaine diffère des méthodes
traditionnelles de la Voie du Milieu principalement de deux façons.
Tout d’abord, elle opère d'une manière qui transcende
le besoin de périodes formelles de méditation. En
fait, nous déconstruisons systématiquement l’activité
de la méditation chaque fois que l’activité
méditative devient une méthode d'auto-justification
pour conditionner de façon aveugle les croyances en notre
valeur personnelle et dans le progrès spirituel. A cet égard,
ce travail se rapproche de la tradition originale de la Parfaite
Sagesse (Prajnaparamita). La seconde différence tient dans
ce que nous nous polarisons sur le démantèlement des
fixations à mesure qu'elles surviennent plutôt que
sur la réactivation de fixations préexistantes dans
le contexte de la méditation. Ces différences rendent
la contemplation déconstructrice très organique et
fluide.
Lignes directrices
Un cours commence généralement par
inviter les gens à observer leurs fixations. Nous décrivons
ces fixations d'une manière relativement banale et courante,
en utilisant un langage qui s'accorde à notre façon
quotidienne d’y penser et d'en parler. Cela nous aide à
transformer des suggestions théoriques et d'apparence séduisante
en instruments qui révèlent directement les penchants
cognitifs et les fixations émotionnelles. Par exemple, les
gens seront invités à observer comment ils :
• attirent ou détournent l'attention par rapport à
eux-mêmes ;
• essaient d'intensifier ou de diluer leur vécu ;
• dramatisent ou banalisent un échec ou un succès
;
• entérinent ou rejettent leurs propres croyances ou
celles des autres.
En décrivant les discours personnalisés et les sentiments
qui accompagnent les fixations génériques, nous pouvons
facilement suivre leurs manifestations et leurs comportements à
mesure qu'ils ont lieu. Leurs manifestations et autres penchants
sont uniques pour chacun d'entre nous. Par exemple, le fait de parler
fort pour l'un peut représenter un silence relatif pour un
autre. Cette dimension particulière de notre travail est
inspirée par la tradition Bouddhique du Complet Accomplissement
(Dzogchen) dans laquelle l’on cultive la non-acceptation et
le non-rejet de tout ce que nous pouvons éprouver.
Conscience et action
Nous observons également comment nous nous
engageons dans ce travail soit avec peu d'entrain, soit en prenant
le processus à coeur. Cette phase peut être comprise
soit comme une simple observation de penchants, soit comme leur
élimination de notre champ d’expérience, selon
notre manière de distinguer les actions de la conscience.
De tels penchants vont refléter respectivement une approche
passive et active du travail spirituel. En observant de telles tendances
et en agissant en fonction de ces observations, nous évoluons
dans un espace où nous ne tendons ni à compenser un
penchant, ni à résister à l'impulsion de le
corriger. De cette façon, un équilibre est appliqué
à la relation entre l'observation et la correction de ces
penchants. Le résultat est que nous n'intervenons pas pour
changer nos pensées et comportement, et ne restons pas simplement
des observateurs inertes de nos tendances.
Une conscience de ces penchants produit une atmosphère sereine
et vigilante qui contribue aux aspects plus rigoureusement déconstructeurs
de ce travail. Dans le programme, l'observation paisible des penchants
ralentit la pensée des participants et introduit une allure
égale dans leurs activités physiques. Leurs personnalités
deviennent intégrées et harmonisées, et ils
atteignent un sens d’équilibre émotionnel et
de bien-être physique.
A un niveau interpersonnel, une conscience de ces penchants produit
une atmosphère plaisante dans laquelle s’établit
un équilibre harmonieux entre l’intimité et
le partage. Les gens ne font pas intrusion dans l'espace d'autrui,
ni ne font sentir qu’ils fuient la proximité des autres.
Les gens n’opèrent pas de façon insensible,
ni ne ressentent le besoin de se montrer méfiants.
Des auxiliaires (facilitateurs) offrent leurs observations sur la
manière dont ces fixations se manifestent parmi les participants.
Pour autant que ces auxiliaires sont rigoureux dans leur réponse
aux participants, ils ne le font jamais de manière pesante
ou dérangeante. Les auxiliaires jouent le rôle de modèles
en mettant ces principes à l’oeuvre.
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Peter FENNER in Recto
Verseau -
Traduction de Jean-Louis Mastrandreas
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