bouddhisme meditation non duel English version

L’obscurité de la nuit, même si elle devait durer mille ans, ne pourrait cacher le soleil levant, de même d’innombrables périodes de conflit et de souffrance ne peuvent dissimuler le rayonnement inné de l’Esprit.

Tilopa, maître indien - 11e Siècle

 

Extraits de livres de Peter Fenner

Ressources


La libération naturelle

La tradition dzogchen affirme que les émotions réactives et les pensées perturbantes se libèrent, ou disparais- sent, d'elles-mêmes. Contrairement aux voies orthodoxes, "on ne façonne ou ne conditionne pas son esprit en supprimant ses expériences ou en appliquant des remèdes, mais en laissant l'esprit demeurer naturellement dans la condition où on le trouve. Le maître contemporain Namkhaï Norbu Rimpoché nous en dit un peu
plus :

"Dans la voie de la libération spontanée, il n'existe ni concept de renonciation -car si c'est toujours mon énergie qui se manifeste, elle peut le faire de nombreuses manières-, ni concept de transformation -car nous partons du principe que je me trouve déjà dans un état de pure présence,
de contemplation. Si je me trouve un instant dans un état de contemplation, je vois que la colère et la compassion ne sont qu'une seule et même chose. Le bien et le mal ne font qu'un. Dans cet état, il n'y a rien à faire, nous nous libérons parce que nous nous trouvons dans notre propre dimension énergétique, sans rien fuir et sans renoncer à quoi que ce soit.
Tel est le principe de la libération spontanée."

La libération spontanée, ou disparition naturelle des émotions réactives, survient comme une conséquence naturelle de notre identification à la présence-telle-qu'elle-est.

Quand notre intelligence cesse d'être conditionnée par notre propension compulsive ou délibérée à connaître et fuir différentes sensations, les pensées et les sentiments flottent dans notre présence comme les nuages dans le ciel. Les émotions fondent comme neige au soleil, au contact de notre conscience panoramique.
Ne saisir ni réprimer aucune des pensées, émotions ou perceptions qui se présentent - telle est la clé pour libérer spontanément les émotions entravantes et les pensées compulsives. Comme l'écrit Longchenpa : on ne rejette pas certaines expériences, ni n'en cultivons d'autres. Que nos expériences soient dynamiques ou stables, laissons-les aller là où elles ont envie d'aller (...) Quand l'esprit se trouve dans un état dynamique ou d'expansion, ne nous décourageons pas et quand il est calme et stable, renonçons à désirer qu'il le reste."
Par conséquent, l'on ne juge pas certaines expériences sublimes et d'autres bassement matérielles. On ne tire pas de ce qui est vécu davantage que ce qui est donné dans l'instant sprésent. On n'amplifie ou n'accentue pas ce que l'on vit, comme dans le Tantrisme, mais on ne le banalise ou ne le dévalorise pas non plus. Fondamentalement, on n'intervient pas, on n'interfère en aucune façon. L'expérience est naturelle, non affectée, non manipulée. Cette pratique s'intitule : "Laisser les choses être ce qu'elles sont".
Dans les traditions hétérodoxes, la seule pratique -mais qui ne peut pas être "pratiquée"- consiste à simplement être présent et lucide dans l'instant présent. Ce strict vécu de l'instant présent est souvent dénommé "non-méditation", car il est naturel et non fabriqué.

Peter Fenner - in "Le fil de la certitude, dilemmes de la voie bouddhiste"


La pratique de l'impossible

Nous avons tous connu des moments où nous nous sommes sentis libres d'apprécier pleinement la texture et le contenu de notre vie, où nous vivions simplement notre expérience présente, sans en accepter ni en rejeter les détails particuliers. Pendant un moment, rien ne semble pouvoir venir déranger la paix de notre esprit.

Où que nous nous trouvions, quelles que soient les personnes qui fassent irruption dans notre champ de perception, rien ne diminue ni n'augmente la sérénité naturelle et l'impression de clarté profonde qui sont les nôtres. Lorsque l'on vit complètement un tel état, rien ne peut ni l'exalter, ni le détruire. Nous pourrions dire qu'il s'agit la d'une expérience où "rien ne manque", à entendre comme une expérience qu va au-delà de toute pensée, préoccupation ou considération concernant notre complétude ou notre incomplétude.

Parfois, de telles expériences semblent survenir sans raison particulière. D'autre fois, elles peuvent nous apparaître comme le fruit d'une discipline psychologique et spirituelle. D'une manière comme de l'autre, de telles expériences de paix véritable et de clarté sont généralement de brève durée.

A peine les avons-nous saisies que déjà elles nous échappent, soit qu'elles s'évaporent graduellement, soit que quelqu'un ou quelque chose nous ramène brusquement au monde des jugements et des préférences.

Ce sentiment de dilution progressive ou de perte provoque naturellement le désir de "faire quelque chose" pour retrouver l'expérience perdue.

Le besoin de faire, ressentir ou penser quelque chose est activé par l'espoir que l'action en question reporte ou supprime le sentiment de perte. Nous considérons ce sentiment de perte comme une recristallisation de la croyance que l'on peut formuler comme "je ne suis pas où je devrais être". A partir du moment où elle commence à se solidifier à nouveau, cette croyance relance notre quête d'une discipline ou d'une pratique qui nous aide à nous sentir complètement et simplement en paix avec qui nous sommes.
La réinstauration d'un décalage entre l'endroit où nous nous trouvons et l'endroit où nous voudrions être est naturelle, elle provient d'une confusion entre ce qui est réel et ce à quoi nous croyons. Par ailleurs, ce décalage est aussi dépourvu de signification et en fin de compte, sans importance puisque l'idée que "quelque chose manque" n'est en fait qu'une forme de pensée qui survient avec une fréquence et une intensité plus ou moins grande, de la même manière que les nuages dans le ciel sont épais et denses certains jours, rares ou absentes d'autres jours. Et pourtant, nous prêtons attention à l'idée que quelque chose manque, comme s'il s'agissait là d'une description de l'état réel des choses. Nous croyons sérieusement que nos pensées, sentiments et perceptions du moment ne sont pas ce qu'ils devraient être.
Quant à ce que nous pouvons faire pour réactualiser l'état de liberté naturelle, nous devons être conscients de ce que la pratique dans laquelle nous nous engagerons consolidera la croyance que quelque chose manque et ce,aussi longtemps que nous poursuivrons cette pratique. L'action même d'essayer de se débarrasser d'un empêchement, quelle que soit l'expérience recherchée, valide la croyance que cet empêchement existe. Ce processus conditionne et renforce la croyance qui consiste à considérer l'expérience de liberté naturelle comme un état susceptible d'être perdu aussi bien que gagné.
Dans cette mesure, notre pratique en viendra donc à conditionner et à prolonger la souffrance dont elle est censée nous délivrer. Ce qu'il nous faut, c'est une pratique ou discipline qui reconnaisse le puissant besoin qui nous anime de faire quelque chose quand notre vie devient difficile, source de souffrance ou d'ennui, et qui reconnaisse en même temps qu'aussi longtemps qu'elle est perçue comme un moyen pour obtenir un résultat futur, la pratique passe du même coup à côté du but auquel elle vise, à savoir : retrouver ce qui manque. Nous devons pouvoir appréhender la pratique d'un point de vue qui ne rejette pas plus qu'il n'accepte les présupposés et affirmations liés à toute pratique spirituelle ou psychologique. Il devrait être clair que le concept de pratique que nous développons ici ne peut pas se référer à une pratique ordinaire qui reposerait sur l'anticipation de l'accès à la liberté naturelle, perpétuant ainsi le besoin continuel de s'adonner à la pratique. Le concept de discipline que nous présentons ici correspond à une compréhension subtile et progressive, qui tient compte du fait que toute pratique conditionne et perpétue la croyance que "quelque chose manque".

Peter Fenner - in "La liberté d'être"


ARTICLES

Béatitude inconditionnée

Une approche neuve

Liberté inconditionnelle

La contemplation déconstructive

La liberté intrinsèque

 

Extraits de LIVRES

Le fil de la certitude, dilemmes de la voie bouddhiste
Editions du Relié
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Le courage de se libérer
Editions du Relié

La liberté d’être Publication Wisdom

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